Le Covid-19 a freiné les Français en 2020 dans leur quête de voyage et de tourisme. La
région Occitanie, et particulièrement Montpellier, en ont également souffert, en atteste la
chute de 5,7 % de volume de nuitées en juillet et août par rapport à 2019 pour la
Métropole.

Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse (2ème à gauche), a de nombreux projets pour la relance du tourisme © Noémie Giraud
Si le secteur du tourisme a évolué à la hausse ces dernières années (+90 millions de
touristes internationaux accueillis en 2019, Outre-mer inclus), les chiffres de l’année
2020 ont fortement reculé avec les confinements successifs.
De très bons chiffres en Occitanie
Cela vaut pour toutes les régions de France, l’Occitanie ne faisant pas exception.
Même si elle est restée la destination préférée des Français en 2020 avec 24 % de
fréquentation française en plus, une large baisse de nuitées globales s’est fait ressentir : –
23,7 % par rapport à 2019, soit -49,3 millions de nuitées. En résulte une perte de 4
milliards d’euros pour l’économie touristique régionale ; -24 % par rapport à 2019.
Le recul de la fréquentation des non-résidents est une des causes de cette baisse, mais
pas seulement. En effet, les pèlerinages à Lourdes annulés pesaient également pour
moitié dans les pertes hôtelières en juillet et août indique le CRTL Occitanie.
Tout n’est pourtant pas mauvais. Toujours selon le CRTL Occitanie, la région enregistre
tout de même une croissance de 28 % des nuitées françaises sur l’ensemble de l’été par
rapport à 2019 (+4,4 % en août d’après l’INSEE), ces derniers recherchant la proximité
avec la nature environnante.
« Il ne faut pas oublier que le principal flux touristique [depuis la crise sanitaire] est en
court-courrier. C’est la clientèle nationale qui a fait tenir le choc à la région. C’est aussi lui
le vecteur de la reprise », indique alors Olivier Petit, expert tourisme pour In Extenso,
cabinet de Conseil en Tourisme, Culture et Hôtellerie. Des propos confirmés par l’INSEE
qui indiquent également que les Français, « confrontés aux restrictions de déplacement à
l’étranger optent pour des vacances en France ».
Mais comment peut-on enregistrer à la fois une hausse de la fréquentation des touristes
et une baisse des nuitées dans les hébergements touristiques ?
Pour l’INSEE, la raison est simple : la clientèle s’est orientée vers leurs résidences
secondaires, les amis ou la famille. « Bien souvent par peur de l’hygiène », confirme Jean
Millot qui, bien qu’étant propriétaire d’un logement Airbnb, a lui aussi souffert de cette
perte de clientèle.
Autre obstacle, l’ouverture et la fermeture des établissements hôteliers qui s’est traduite
de façon inégale tout au long de la période entre les deux confinements. Massivement
fermés en mars, les hôtels ont par exemple fait chuter les T.O de 68 points, les évaluant à
27 %, contre 58 % à la même période l’année précédente.
Des taux bas à Montpellier

L’office de tourisme de Montpellier estime une baisse de 35,4 % du volume de nuitées © Noémie Giraud
Plus localement, si nous examinons attentivement les données, malgré les très bons
indicateurs de la région, certaines grandes métropoles telles que Montpellier, ont
beaucoup souffert de la crise sanitaire. Pourtant, si nous en croyons son maire, la ville
« s’en est très bien sorti en 2020 côté tourisme. »
La réalité est malheureusement toute autre du point de vue des professionnels. D’après
l’office du tourisme, avec une baisse globale de 35,4 % du volume des nuitées, la
Métropole a souffert du manque d’événements publics et professionnels tels que les
congrès pour compenser les pertes.
Pour l’INSEE, la reprise de l’épidémie et le renforcement des mesures de restrictions
sanitaires viendraient s’y ajouter, tout comme le confinement de certains pays et la
limitation des déplacements internationaux. Ces derniers points n’ayant pas aidé le
retour de la clientèle non-résidente. En résulte une perte de 52 814 nuitées étrangères.
Cyril Meunier, Président de l’Office de Tourisme et des Congrès de l’Office de
Montpellier Méditerranée Métropole, ajoute également que le début 2021 est au même
niveau que l’année précédente « à cause de la suppression des lignes internationales. »
« Lorsque d’habitude je recevais beaucoup de clients américains ou allemands, je n’ai plus
vu que des Français venant des régions limitrophes », atteste Jean Millot.
Les touristes non-résidents venant essentiellement des Etats-Unis, des Pays-Bas et de
l’Allemagne, les pertes sont lourdes. « Le tout entraînant une baisse économique
significative représentant -35 % du PIB de la ville » complète Cyril Meunier.
Les plateformes locatives également dans le rouge
Le constat est le même pour les plateformes de location qui se confrontent aux mêmes
problèmes. En région Occitanie, l’évolution du revenu généré sur les plateformes Airbnb
et Homeway a beaucoup reculé. Selon un document émis par Airdna, la région enregistre
une perte d’un peu plus de 89 millions d’euros entre 2019 et 2020 sur la région, ainsi
que 19,8 % de nuitées.
« Avec le confinement, les gens ne pouvaient pas se déplacer dans un rayon de 10 km puis
de 100 km et, même lorsque le déconfinement total est arrivé, les gens éprouvaient de la
peur à se déplacer », constate Jean Millot.
La baisse de fréquentation est inéluctable, la chute de C.A également. « En 2020, je n’ai
réalisé que 15 % de mes revenus de l’année 2019 », affirme-t-il.
Les nouvelles mesures prises par le maire seraient-elles également la cause de la non-fréquentation des hébergements locatifs ? En effet, lors d’une conférence de presse vendredi 11 juin, Michaël Delafosse attirait l’attention sur cette « “uberisation“ du tourisme qui est un danger pour les professionnels hôteliers. » Depuis le début de son mandat, il cherche à réduire l’emprise Airbnb par des mesures restrictives, dont des diminutions des jours de location. Début juin, la métropole a d’ailleurs voté l’augmentation de 3 à 5 % des taxes de séjour des logements Airbnb. « Nous ne pouvons pas affirmer que la baisse du tourisme ou des nuitées soient aussi la cause de ces
différentes mesures », estime cependant Cyril Charpentier, président du Club Hôtelier du
Grand Montpellier.
Toujours est-il qu’en ce début de saison d’été 2021, l’heure est à présent à la relance du
tourisme pour la mairie.
L’accent mis sur le centre-ville ?

Claire Mercadier est la gérante de l’hôtel Les Arceaux © Noémie Giraud
Et « Montpellier est le rayon de soleil européen pour la relance touristique post crise
sanitaire » si l’on se réfère aux propos du maire. Un rayon de soleil quelque peu mitigé
par des quartiers mis de côté par cette dernière. « Nous sommes écartés des décisions
prises par la ville pour relancer le tourisme. Nous ne bénéficions pas d’aides, pire, nous
sommes freinés si nous souhaitons nous démarquer. Nous sommes éloignés du centre-ville
et, pour la mairie, nous ne présentons que peu d’intérêt. Pourtant, ici, nous sommes plus au
calme que dans le centre », raconte alors Claire Mercadier, gérante de l’hôtel Les Arceaux
dont la perte de CA et de TO avoisinait les 80 % 2020. En cause, l’arrêt des réservations
par une clientèle étrangère très présente en temps normal et des mesures strictes qui
refroidissent les clients français.
Des mesures qui persistent encore et n’ont de cesse de continuer à contrarier les
touristes. En effet, si 2020 n’était pas le meilleur millésime pour le tourisme, l’été 2021
n’augure pas de meilleurs auspices pour l’hôtelière et bon nombre de ses confrères.
« Il ne faudra pas compter sur cette saison estivale pour pallier les pertes de l’année
dernière. Je n’ai pour le moment que deux réservations d’une semaine chacune », avoue
Jean Millot. A 32 euros en moyenne la nuit, Jean ne touchera donc que 480 euros cet été,
contre près de 2000 euros en temps normal… La douche froide pour ce retraité dont le
logement lui confère un bon complément de revenus.
Claire Mercadier ne peut malheureusement que confirmer ces dires. « Nous en sommes
au même niveau que l’été dernier. Le TO est très bas et la tendance n’est pas à la hausse
pour les mois à venir. »
Alors, même si les événements prévus par Michaël Delafosse pour « faire rayonner notre
ville au niveau national » sont nombreux (5 concerts retransmis sur France Télévision,
campagnes de publicité, 49 congrès jusqu’à 2022, etc), cela ne pourrait servir qu’aux
professionnels du centre. « Aucune activité n’est prévue pour attirer les touristes hors de
celui-ci. Ce n’est donc pas à nous que cela va profiter. Les gens viennent pour faire la fête
cette année, pas pour rester au calme. Tout sera fait pour les attirer au centre-ville et les
gens y resteront », déplore Claire Mercadier.
Pour l’édile, « Montpellier is back », mais peut-être pas encore tout de suite, ni pour tout
le monde.
Lexique :
- Court-courrier : voyage en France métropolitaine, en opposition aux voyages longcourriers
- Airdna : plateforme d’analyse de marché pour Airbnb
- Non-résidents : touristes étrangers
- CRTL Occitanie : Comité Régional du Tourisme et des Loisirs d’Occitanie
- T.O : taux d’occupation
- C.A : chiffre d’affaire